Journée Nationale de la Femme

Promotion du leadership féminin

Mme la ministre, les femmes nigériennes célèbrent aujourd'hui la Journée Nationale de la Femme sous le thème ''Promotion du leadership féminin''. Pouvez-vous édifier nos lectrices et lecteurs sur l'opportunité et la pertinence de ce thème dans le contexte nigérien?

Je voudrais tout d'abord vous remercier pour l'intérêt tout particulier que vous portez à cette journée, et au-delà, au combat de la femme nigérienne. Vous savez, juste un (1) mois après notre arrivée à la tête de ce département ministériel, en avril 2011, nous avons fêté le 13 mai 2011 sous le signe de ''l'évaluation du parcours politique de la femme depuis la Conférence Nationale de 1991'', il y avait de cela 20 ans.
Cette évaluation nous a permis d'apprécier le parcours réalisé et les résultats forts appréciables obtenus, à savoir l'occupation de postes importants par les femmes. Femmes ministres (1/4 du Gouvernement en 2011), femmes à l'Assemblée Nationale (13% en 2011) ; plus de 600 femmes conseillères élues locales ; femmes ambassadeurs etc... et on venait d'avoir la première femme Gouverneure !
Nous avons procédé, par la suite, à un diagnostic situationnel de l'ensemble du statut de la femme au Niger, à travers des fora organisés par le Ministère dans chaque région. Il est alors apparu que la promotion de la femme au Niger devra revêtir plusieurs formes. En effet, le statut de la femme nigérienne ne présente pas les mêmes caractères lorsqu'il s'agit de la femme ménagère ou de la femme fonctionnaire, de l'analphabète ou de la femme enseignant-chercheur à l'Université, de même que de la femme rurale ou celle en milieu urbain.
Les défis sont grands. Les femmes, à l'instar de toute la population nigérienne, vivent en majorité en milieu rural, et leur profil en général est celui de la femme analphabète, croulant sous le poids des travaux domestiques, faisant face à la pauvreté, à une forte mortalité maternelle et infantile, et à un problème de survie. Aussi, en 2012, nous avons placé, le 13 mai sous le thème de ''l'autonomisation de la femme rurale'' afin de conscientiser les populations sur les conditions d'existence de la femme rurale et mener un plaidoyer fort en faveur de l'amélioration de ses conditions de travail et de vie.
En 2013, le thème du 13 mai a porté sur ''les violences faites aux femmes et aux filles''. Un fort plaidoyer a été mené pour une tolérance zéro aux violences à l'encontre des femmes et filles, avec un accent particulier sur la lutte contre les violences domestiques, les mutilations génitales féminines et les mariages précoces. Cette année 2014, nous plaçons la fête du 13 mai sous le thème de la ''Promotion du Leadership Féminin''.
En effet, les femmes sont très actives dans la vie socio-économique et politique, mais force est de constater que leur leadership est faible. La promotion de la femme étant une préoccupation importante des autorités, nous avons voulu, par ce thème, mener un fort plaidoyer afin de leur faire prendre conscience de leur rôle en tant qu'actrices du développement, et les encourager à redoubler d'efforts pour impulser une dynamique vers l'émergence d'un leadership féminin fort et durable dans tous les domaines.

Pouvez-nous faire un aperçu sur le chemin parcouru et les principales actions entreprises en matière de promotion de la femme depuis que vous dirigez ce département ?

D'abord, nous avons mené un fort plaidoyer pour l'autonomisation de la femme rurale. Ainsi, dans tous les domaines, une prise de conscience réelle et manifeste a été faite pour la prise en compte de l'aspect genre.
Au niveau des communes, nos services sont sollicités pour intégrer le genre dans les plans de développement communaux, et vous savez que ceci est très important, vu que les communes sont la porte d'entrée de la plupart des interventions.
Tous les ministères intègrent le genre dans leurs programmes, et au niveau de la santé, la santé de la mère et de l'enfant constitue l'élément principal.
Au Ministère de l'agriculture, un appui considérable est apporté aux femmes à travers l'Initiative 3N, en intrants, semences et engrais ; et il est de règle que les propriétaires terriens cèdent des espaces cultivables aux femmes.
A l'environnement, les filets sociaux profitent beaucoup aux femmes. L'hydraulique rurale ou urbaine tient compte de l'accès à l'eau par les femmes pour pallier les corvées d'eau.
L'école met un accent particulier sur la scolarisation de la jeune fille et son maintien à l'école.
Un appel a été lancé aux femmes en milieu urbain pour parrainer celles du milieu rural, car nous devons, à tout prix, réduire l'écart entre nous et œuvrer à promouvoir nos sœurs.
Concernant les violences, la conscientisation et le plaidoyer ont été portés jusqu'au fin fond des villages, durant toute l'année. Par exemple, un dialogue social a été organisé à Kantché avec les leaders administratifs (gouverneur, préfets, président conseil de ville, maires, élus locaux) ; les leaders traditionnels, à savoir tous les chefs de canton et beaucoup de chefs de village, accompagnés de leurs imans, avaient été conviés pour débattre du mariage des adolescentes et ses conséquences néfastes non seulement parce que ces mariages hypothèquent l'avenir de ces jeunes filles en termes d'instruction et d'accès à un travail rémunéré, mais aussi parce qu'ils engendrent des conséquences néfastes sur le plan de la santé, tels que les grossesses précoces, les mortalités maternelle et infantile, et des fistules obstétricales.
Les mutilations génitales sont réduites de plus de 50% dans notre pays et la scolarisation de la jeune fille est promue à tous les niveaux.
Soulignons que nous sommes un ministère qui donne des orientations dans beaucoup de domaines, et que les ONG relaient nos messages et mettent en œuvre des activités dans ce sens.
La stratégique de l'autonomisation de la femme rurale repose sur le fait qu'il faut alléger les tâches domestiques des femmes, en mettant à la disposition des groupements féminins et des villages du matériel d'allégement de tâches domestiques tels que les moulins, les décortiqueuses, les batteuses, etc. afin qu'elles libèrent les filles pour qu'elles puissent aller à l'école; organiser les femmes en groupements pour celles qui ne le sont pas; renforcer leurs capacités en vie associative, en gestion des biens communs comme les moulins, en activités génératrices de revenus; et enfin leur faciliter l'accès au crédit auprès des institutions de micro finance.

Depuis l'adoption de la loi sur le quota en 2000, le Niger a certes accompli des progrès significatifs en termes d'accès des femmes aux instances de décision. Mais dans beaucoup de domaines, les 25% ne sont pas encore atteints. Et d'ailleurs, relativement à la proportion de femmes dans la population nigérienne, ces 25% ne sont-ils pas dérisoires ?

Concernant la loi sur le quota, je dois commencer par assurer que les autorités actuelles sont en faveur du rehaussement de la loi sur le quota pour aller vers la parité, conformément à l'engagement pris par les Chefs d'Etats de la CEDEAO.
Cependant, cela doit se faire par étape, compte tenu de notre environnement socio culturel. Nous avons introduit un projet de révision de cette loi à la hausse. Le problème que nous rencontrons, c'est que les femmes ne sont très présentes dans les instances de décision des partis politiques; il y a peine 19% de femmes dans l'ensemble des membres des bureaux des partis politiques, selon une étude réalisée par Care Internationale en 2011. Le taux de 25% peut sembler dérisoire, mais compte tenu du contexte, nous optons d'aller par étape pour atteindre la parité.

Le Niger a ratifié, le 13 août 1999, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF), avec une déclaration de réserves. Où en est-on actuellement par rapport à ces réserves ?

Les réserves de la CEDEF ne sont toujours pas levées. Cependant, cela ne veut pas dire que des progrès appréciables ne sont pas réalisés en matière de promotion du genre. Nous sommes convaincues que la principale porte d'entrée pour résoudre les problèmes des femmes passe par la scolarisation de la jeune fille. Inscrire les filles à l'école et les y maintenir jusqu'à au moins 16 ans, nous garantira une lutte contre l'analphabétisme, les mariages et grossesses précoces, et une ouverture vers plusieurs opportunités d'emplois.

La mobilisation sociale constitue un des meilleurs moyens pour atteindre les couches sociales afin d'impacter sur leur développement socio-économique. Et à l'heure actuelle, les femmes disposent de plusieurs cadres qui ne demandent qu'à être dynamisés et appuyés, notamment les groupements féminins. Quels sont les rapports du Ministère avec ces groupements et les actions entreprises en leur faveur ?

Nous avons répertorié tous les groupements féminins sur l'ensemble du pays. Et notre stratégie consiste à les appuyer d'abord en matériels d'allégement des tâches : moulins, décortiqueuses, batteuses, motopompes, arrosoirs, semences, engrais, mais également à renforcer leurs capacités en gestion, en activités génératrices de revenus et favoriser leur accès aux institutions de micro finances.

Mme la ministre, depuis l'institution d'une Journée Nationale de la Femme, chaque année un nouveau thème relatif à l'amélioration des conditions de vie des femmes est abordé. Y-a-t-il un travail de suivi quant aux stratégies mises en œuvre pour atteindre les objectifs de chaque thème ?

En effet, chaque année un thème est retenu et la problématique retenue fait l'objet d'une grande sensibilisation et d'un fort plaidoyer en vue de la résolution du problème abordé. Des stratégies sont mises en œuvre pour faire face au problème dans les courts et moyens termes. Mais nous comptons redynamiser l'observatoire sur le genre qui devra assurer le suivi de l'évolution et la prise en compte du genre dans tous les domaines. Car le genre est transversal et les résultats de nos actions doivent être mesurés dans tous les domaines.

La 7ème République a célébré, le 7 avril dernier, les trois ans de mise en œuvre du Programme de la Renaissance. Quelles sont, au niveau de votre ministère, les acquis enregistrés quant au secteur de la Promotion de la Femme ?

Vous savez, pour des départements ministériels qui font des réalisations physiques, il est aisé de quantifier et mesurer les objectifs à atteindre : par exemple, tel nombre de constructions, tel nombre de recrutements, etc. Mais lorsqu'il s'agit du domaine des ''Droits'', de l'amélioration de qualité de vie, ou de changement de comportement, le premier défi consiste à identifier les indicateurs à mesurer, ensuite s'entendre sur l'appréciation des progrès qui souvent peuvent s'inscrire dans le long terme, avant que le changement ou le progrès ne soit perceptible. Sans compter le fait que les réalisations et résultats dans les domaines du genre doivent être perçus à tous les niveaux, donc de manière transversale.
En ce qui concerne la promotion de la Femme et du Genre, nous pouvons dire que 8 maisons de la femme sont fonctionnelles au niveau des chefs-lieux des régions ; le genre est intégré dans les curricula de formation des établissements de formation, notamment de l'ENSP, de l'IFMC, et des Ecoles Normales.
C'est encore et toujours dans ce sens que l'aspect genre est pris en compte dans l'élaboration des plans de développement communaux ; que des Cellules Genre sont mises en place dans chaque ministère, afin de veiller à la prise en compte de l'aspect genre dans les programmes ; que des formations de renforcement de capacités en leadership féminin ont été menées au profit de 304 présidentes de groupements féminins et de 170 élues locales ; que plus de 9151 personnes ont été formés sur plusieurs thèmes afférents à la promotion de la femme; que le nombre d'écoles de maris a été porté à 603 écoles dans le cadre de la promotion de la santé de la reproduction et du genre.

Mme la ministre, les femmes constituent un socle solide sur lequel peut s'appuyer toute politique de développement économique et social. Avez-vous, au niveau du Ministère dont vous avez la charge, une stratégie pour mobiliser les couches féminines afin de les amener à participer davantage à l'essor national ?

Nous travaillons avec toutes les couches féminines : la femme rurale que nous appuyons, comme je l'ai dit plus haut ; les femmes entrepreneures, avec qui nous travaillons pour identifier les obstacles qu'elles rencontrent aussi bien sur le plan administratif, que dans tout le processus, pour monter des entreprises, afin de les aider dans l'accès aux crédits et l'accès aux marchés, pour les aider à lever ces obstacles.
Nous les aidons à mieux s'organiser, mais les exhortons à aider leurs sœurs qui œuvrent dans l'informel à s'organiser pour en sortir. Nous travaillons beaucoup avec les femmes de la société civile : CONGAFEN, Kassey, Réseau des Femmes Scientifiques, Réseau des Femmes Cadres Supérieures, Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires.
Nous œuvrons à promouvoir le leadership féminin sous toutes ses formes. Nous allons, sous peu, organiser une réunion avec les femmes élues locales ou conseillères, qui également vont se constituer en un réseau national grâce à l'appui de Care et NDI. Ainsi, la promotion du leadership féminin va de la base à travers les femmes conseillères en passant par les groupements féminins, les femmes entrepreneures, les femmes de la Société civile, et les femmes des partis politiques. Nous sommes en rapport avec toutes, et il est indéniable que le renforcement de l'apport des femmes dans le développement va participer davantage à l'essor national.
 

 

Source : www.lesahel.org
Tchirgni Maïmouna